mardi 29 décembre 2015

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 10 : vitesse de croisière

Phase faste : le roman a pris sa vitesse de croisière, il suit sa route, les mots s'enchainent, je me laisse guider par ce flux mystérieux qui génère l'histoire, qui étaye les personnages, en fait surgir d'autres au détour d'un chapitre... C'est le moment béni où il semble s'écrire tout seul, j'ai juste à poser les doigts sur le clavier et à relire puis corriger, trouver un mot plus juste, une phrase plus dépouillée ou au contraire plus foisonnante.

Ce qui ne veut pas dire que la traversée va être sans surprises : écueils, tempêtes, calme plat, orages, changements de cap, je sais bien que peu de choses me seront épargnées. Mais pour l'heure je profite du vent qui gonfle les voiles, et j'écris, j'essaie de me laisser porter, de ne pas me poser de questions. Parfois ça gite un peu, mais ça fait partie du plaisir, sinon, autant rester à quai.



Le chapitre 3 vient de commencer, Rafaël prend de la consistance, mais il y a encore plein d'incertitudes, on ne peut pas vraiment cerner son personnage, qui, même de moins en moins flou, se perd en contradictions : je l'apprivoise petit à petit, je le fais se confronter à d'autres, certains que je n'avais pas prévus. La langue a trouvé son identité, mais je ne saurais pas la définir, j'espère qu'elle est harmonieuse.

Je ne sais toujours pas si je veux transmettre un message, mais je suis sûre que je veux donner des émotions, toucher, faire vibrer les mots comme on fait glisser un archet sur les cordes d'un violon, éveiller des visions comme on jette des couleurs sur une toile, et continuer le voyage, se laisser voguer, au gré des lettres qui s'assemblent. Je me souhaite donc bon vent !

mardi 22 décembre 2015

Le doute...

Il y a toujours un moment, au milieu d'un roman qu'on écrit, ou avant de le commencer, ou après l'avoir fini, ou même quand on se demande si on réécrira un jour, où le doute creuse ses insidieuses galeries dans nos cerveaux en surchauffe... En ce qui me concerne, le doute se manifeste souvent quand je lis, en général un auteur que je trouve particulièrement génial, ou un livre que je découvre et qui me happe...Et là, les questions : mais est-ce que j'arriverai un jour à ce niveau-là ? est-ce que je suis capable de faire vibrer un lecteur, ne serait-ce qu'un seul, autant que ces lignes viennent de me faire vibrer moi ? est-ce que ça vaut le coup de continuer alors qu'il y a déjà tant d'excellents livres ? qu'est-ce que ma voix va apporter de plus ?



Et là, en général, on a envie de tout laisser tomber. En tout cas, moi, j'en ai envie. L'histoire que je raconte me parait fade, insipide. Mes mots, sans panache. Mon style, inexistant. Je me dis que ce n'est pas par hasard si aucun éditeur de grande envergure ne m'a publiée, je ne le mérite évidemment pas. Je ne serai jamais à la hauteur de X, Y ou Z, qui sont des génies ou à tout le moins de vrais écrivains. M'acharner est d'une naïveté crasse et d'une inutilité pitoyable. Ecrire pour moi, d'accord, mais quelle prétention ridicule de me mesurer à ces modèles !

Et puis je reprends un autre bouquin, qui me plait, qui est édité par une maison connue, et je le trouve bien mais il n'est pas non plus extraordinaire : pas vraiment meilleur que ce que je peux écrire... Et pourtant il a fait tant de ventes, et on en parle partout... Alors ? Alors finalement ça vaut peut-être le coup de persévérer, de continuer mon récit, de m'appliquer, de foncer, d'y croire, même si seulement 10 personnes me disent : j'ai adoré ton livre ! D'accord, je ne suis pas Anaïs Nin ni Jane Austen ni Margaret Atwood ni Virginia Woolf ni ni ni... mais bon, je m'y remets, c'est ça ma vie, mon kif, j'aime ça, je le fais bien, du mieux que je peux. Je ne doute plus.``

Jusqu'à la prochaine fois.

jeudi 17 décembre 2015

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 9 : un plan se dessine...

Et oui, finalement, un plan se dessine. A force de marcher au hasard, le chemin se crée de lui-même, et j'aperçois au loin les prochaines étapes : elles sont un peu floues, mais leurs silhouettes sont bien visibles, et elles balisent plus ou moins l'itinéraire à venir. En fait, une certaine logique s'est dégagée des deux premiers chapitres, et comme, pour une fois, le récit se fait de façon chronologique, sans sauts dans le temps ni flash-back, les moments forts ressortent tout seuls.

J'ai donc noté ces pistes de travail. Ce qui ne veut pas dire que le roman se déroulera selon ce schéma prévu : en fait, je sais que ces points vont juste me servir à ne pas me perdre...ou, mieux encore, à m'aider à me perdre sans peur. Ils seront mes phares : même si je m'éloigne, même si je pars vers d'autres rivages impossibles à imaginer pour le moment, ces petits points lumineux me guideront et me ramèneront (ou pas, si je n'en ai pas envie) vers la terre ferme, le projet initial.



En fait, le plan peut avoir un aspect très rassurant si on le considère avec assez de souplesse, s'il n'est qu'un filet à utiliser en cas de chute. Mais si j'oublie trop vite que ce n'est que ça, juste un garde-fou, un parachute, il me contraint, il me fait peur : je relis mes notes et je me dis "oh mais non, je n'y arriverai jamais, c'est énorme tout ce qu'il me reste à écrire !". Je vais donc le laisser là, en bas de page, écrit en tout petit, et surtout ne pas me l'imposer comme une marche à suivre.

Le roman finalement ne ressemblera peut-être jamais à ce squelette bien charpenté, que je suis censée remplir avec de la chair et du sang, des viscères et des liquides. Il sera peut-être juste un fantôme, une idée, une ombre magique, un pur esprit. Une enfilade de mots qui palpitent et s'envolent. Une simple histoire. 

mercredi 16 décembre 2015

Arrêter d'écrire pour pouvoir....écrire !

Alors aujourd'hui juste une petite mise au point : je me suis tellement prise au jeu de ce blog, et en particulier du "journal d'une grossesse littéraire" que je passe plus de temps là-dessus que sur mon roman !

Donc je vais mettre en place une nouvelle règle du jeu : pas de billet plus de deux fois par semaine. Je vais fixer le lundi et le jeudi pour commencer, et je vais essayer d'alterner un épisode du journal et un sujet plus général.

Voilà, vous savez tout, ça commence à partir de dorénavant inclus !

A demain donc.


lundi 14 décembre 2015

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 8 : elle s'appelle Salomé !

Bon, n'insistez pas, vous ne saurez rien d'autre. Comme prévu, en laissant reposer, après une nuit de sommeil, une journée de boulot sur tout autre chose que le roman, et bien le fameux personnage qui m'échappait a fini par prendre consistance tout seul. Je ne la vois pas encore physiquement, ça ne saurait tarder, mais elle a une voix, en plus d'un prénom (c'est d'ailleurs ce qu'elle a eu en premier) et elle agit, son caractère se dessine.

Salomé était encore très floue ce matin, mais une petite balade dans la forêt avec les chiens m'a permis de savoir où elle allait entrer en scène pour la première fois (mais non je ne vous le dirai pas). La première rencontre, c'est vachement important. Et du coup, une fois que j'ai su ça, il a fallu que je soigne particulièrement le contexte, et que ça sonne vrai : donc, du coup, recherche d'informations sur le Net, tri dans tout ce que j'avais trouvé, et choix d'un environnement qui me semblait convenir. Salomé arrive donc, elle est là, et elle parle...et elle ne dit pas n'importe quoi !



Elle a d'autant plus d'importance qu'elle interagit avec Rafaël, et que leur relation va être forcément importante pour le roman : là non plus, je ne sais pas encore comment, mais je sais qu'elle est une étape dans le chemin de sa vie. Tout ce qui va se passer entre eux va donc avoir un sens, et il va me falloir progresser subtilement sans plomber ni déflorer la suite du récit (que je ne connais pas !).

Voici donc une nouvelle étape : mais si à chacune d'entre elles je jubile de voir les pages s'ajouter et l'histoire s'enrichir, l'ambiance générale chez moi est plutôt incertitude et malaise : d'abord je ne suis jamais certaine que ce que j'ai écrit va rester tel quel, qu'il ne va pas falloir à un moment donné tout reprendre, tout corriger, tout modifier, et ensuite j'avance toujours à l'aveuglette, tâtant avec circonspection les murs de chaque côté, ignorant la nature du chemin.

Alors bienvenue Salomé, mais finalement tu ne m'aides pas beaucoup !


samedi 12 décembre 2015

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 7 : d'où viennent les personnages ?

On sait vite, après la création du héros ou de l'héroïne, que l'histoire ne va pas se limiter à son seul personnage. Si on a déjà en tête un plan du récit, il y a de grandes chances que les autres acteurs de ce récit soient déjà esquissés, qu'ils forment une sorte de peuple de fantômes qui vont peu à peu prendre de l'épaisseur et s'incarner avec des mots, des actions, des sentiments.

Mais dans le cas contraire - c'est-à-dire le mien - , quand on navigue à vue, d'où viennent les autres personnages ? Où va-t-on les chercher ? Comment s'introduisent-ils soudainement dans le fil du roman ? Est-ce qu'ils se présentent un par un pour une espèce de casting mental : toi oui, pas mal ; toi, non ; toi, faut voir ? Ou bien est-ce que c'est l'écrivain qui, pour les besoins de son récit, les invente de toutes pièces et décident que c'est à ce moment-là et pas à un autre qu'on va faire entrer sur scène Machine et lui faire dire "coucou c'est moi", et qu'elle sera brune avec des yeux verts, capricieuse, intelligente et un peu avare ?



En toute honnêteté, je ne sais pas vraiment vous répondre... En plus de mon Rafaël, il y a déjà 3 autres personnages qui sont arrivés dans le roman, et pour les deux premiers, je ne me suis posé (consciemment) aucune question : ils ont débarqué, c'était une nécessité, le flux les a portés jusqu'à moi. Si je me demande pourquoi maintenant, je m'aperçois qu'ils ont des existences un peu parallèles à des gens de ma vraie vie, et en même temps quasiment aucun point commun avec ces gens-là. Disons juste un rôle vaguement similaire, et encore.

Et puis aujourd'hui (enfin hier soir tard plus exactement) voilà le troisième, LA troisième en fait. Et elle, elle me pose problème : elle résiste, elle m'échappe, elle me glisse entre les doigts. Pourtant, je sens bien qu'elle est importante, mais je ne parviens pas à la saisir tout à fait. Je lui ai donc d'abord donné un prénom (ça m'a aidé un peu) et puis un caractère, des traits psychologiques, et maintenant... j'attends. Il faut que la sauce prenne. Que la première scène ait lieu. Qu'elle parle. Qu'elle existe. Qu'elle soit prête. Et moi aussi. On verra demain !

jeudi 10 décembre 2015

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 6 : l'angoisse du second chapitre.

Voilà. Le premier chapitre est écrit. L'histoire est commencée, elle n'a pas encore pris son rythme mais on peut dire que le roman avance doucement. On est sûr qu'il est bien là, on l'a vu à l'échographie !... Mais vous savez tous que le début d'une grossesse est toujours plein d'interrogations : et si l'enfant ne s'accrochait pas, si on faisait une fausse-couche, s'il était mal formé, pas viable ? Passer au deuxième chapitre (au deuxième mois, pour filer la métaphore), d'accord, mais l'angoisse est toujours là, bien présente.

D'ailleurs, à l'orée de ce second chapitre, je me retrouve un peu comme au début du roman, avec un remake de trouille de la page blanche. La preuve,  je n'ai écrit qu'une phrase aujourd'hui, et ça m'étonnerait que j'en fasse plus. Ce chapitre 2 est laborieux : il commence bien, il lance une piste intéressante, mais justement, je me demande si je serai à la hauteur de ce que je vise avec ces premiers paragraphes prometteurs.



C'est comme si j'avançais à tâtons, sans savoir où je vais, et maintenant je ne peux plus reculer. Je ne veux plus reculer. Mais devant moi c'est l'inconnu. J'ignore ce qui va jaillir de sous les touches du clavier, bien que ce soit moi qui y pose mes doigts. Quelquefois, les mots s'enfilent comme des perles, l'un entrainant le suivant, et d'autres fois, comme ce soir, tout est laborieux, tout est compliqué, rien n'est évident.

Je pense à une jolie histoire entendue je ne sais plus où : un enfant observe un sculpteur qui façonne peu à peu une  statue  à coups de burin dans la pierre, et quand, au bout d'un très long temps, l'oeuvre est terminée, l'enfant demande à l'artiste "comment savais-tu qu'un cheval se cachait dans ce morceau de pierre ?".

Certains jours, je suis à la fois le sculpteur, l'enfant et le cheval...