mercredi 13 juillet 2016

Baby blues post-partum : en littérature aussi ?

Voici le moment où l'on se retrouve vide. Le mot FIN est écrit, les corrections sont faites, les manuscrits se sont envolés dans deux ou trois directions et l'attente commence.
De l'attente j'ai déjà parlé, elle est pesante et inconfortable, mais il s'y ajoute le sentiment éprouvant du vide abyssal après la pléthore de mots et de phrases, après le ballet des personnages, après les enfilades de dialogues, après cette construction pierre à pierre d'un édifice fragile et pourtant si précieux.

Une sorte de baby blues : du désarroi, de l'impuissance, chute d'hormones après l'excitation, dégringolade. On ne sait plus quoi faire de soi. On pense qu'on ne pourra plus jamais écrire. Plus de sujet. Plus d'envie. Et puis c'est tellement vain. Tellement difficile pour un résultat si incertain. Autant s'occuper d'élever, non, de promouvoir ce livre-là. Mais il n'est pas encore temps : il n'est même pas encore publié ! Il ne le sera peut-être jamais...



Donc du vide. Et le cerveau au ralenti. Le monde de l'écriture pour un temps (du moins on l'espère !) ne nous est plus accessible. Comment a-t-on fait pour aligner ces milliers de mots ? Où vont ces mondes inventés lorsque leur créateur les quitte ? Est-ce que les personnages survivent dans des limbes éloignées ? Par quel moyen retrouver les galaxies où je marchais encore il y a quelques semaines comme dans un endroit familier ? J'ai perdu tous mes pouvoirs.

Je sais que le mieux est de m'abandonner à cet état étrange, qui consiste à rester dans le réel 24 h sur 24... Bien que, sans le savoir, je suis sans doute en train d'emmagasiner des détails pour un prochain roman... Mais il me faut laisser aller, ne pas y penser, goûter le vide en tant que tel, comme une sorte de coma obligé, une mise au repos forcée, une plongée entre deux eaux bien profondes. Laisser de côté ma baguette magique.

Pour un temps stérile. Endormie. Silencieuse. Jusqu'à quand ???



samedi 18 juin 2016

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 20 : l'expulsion !

Lu, relu, re-relu. Corrigé. Passages ajoutés. Un chapitre en plus. Des modifications apportées ça et là. Une impression désagréable, un manque de confiance, des doutes. Des passages dont je suis très satisfaite. D'autres qui m'emballent moins. Mais la certitude que c'est fini, il n'y a rien à ajouter, l'imperfection est évidente mais j'ai écrit ce que je devais, ce que je sentais, ce qui était en moi. Y aura-t-il une résonance chez d'autres ? C'est la grande question, celle qui fait peur, celle qui bloque et qui emporte en même temps...

Et du coup, que faire ? Laisser reposer encore, y revenir, corriger à nouveau, plus tard, quand tout sera calmé ? Au risque de perdre de plus en plus confiance... Je sais que certains auteurs fonctionnent de cette façon, qu'ils y reviennent plusieurs fois, longtemps après, qu'ils remanient leur texte et le peaufinent et le cisèlent des dizaines de fois. J'en suis incapable. Ou plutôt, si, mais je sais qu'à l'infini alors je changerai des choses, et que jamais de toute façon je ne serai satisfaite. Comme si à chaque moment correspondait une vérité, et que même dix ans après le mot juste ne sera jamais juste pour toujours.


Alors je décide que c'est fini. Je me dis que, si jamais un éditeur accepte ce roman, je serai de toute façon amenée à le travailler, à tenir compte de son regard, de ses conseils, et que d'autres modifications viendront : je garde mon énergie pour ça, pour écouter les guides qui m'y encourageront, qui m'y obligeront.

Pour l'instant, le roman est fini. Il me reste 4 titres en tête, dont aucun ne s'impose encore. J'en choisis un au hasard, je fais un enregistrement PDF.

Et puis, prise d'un coup de tête, un coup de folie, pour bien marquer le début d'un nouveau processus, pour lancer le roman dans sa vie de roman, je l'envoie à une maison d'édition qui accepte les manuscrits numériques, là, tout de suite, maintenant : le voilà dans l'espace des manuscrits, mis sur orbite, expulsé de son cocon douillet pour se frotter à la dure réalité des textes en attente d'édition !

Mon coeur bat très fort, et une autre aventure commence....

mercredi 8 juin 2016

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 19 : l'accouchement, épisode 2.

Voilà que ça se rapproche. Les choses se précisent : flux et reflux. On va vers l'aboutissement, c'est certain, mais il y a encore pas mal d'efforts à fournir. Et on ne peut plus reculer ! Donc, on avance, on pousse, on respire, on met toute l'énergie qu'on a pour cette dernière ligne droite. Peur, joie, excitation, doute, tout se mélange, mais on n'a pas le temps de faire le tri, on fonce, on met la gomme.

Mes bêta-lecteurs m'ont fait leurs premiers retours, et de toute évidence il y a de petites retouches à apporter. Des manques, ou plutôt des passages qui manquent de précision pour que l'histoire tienne vraiment debout. Peu : vraiment des broutilles, mais cela est forcément difficile de corriger : où ajouter telle chose ? à quel moment, alors que ça n'a pas paru nécessaire au premier jet ? et comment ? Bien choisir les mots pour qu'ils ne soient pas superflus. Les insérer en toute subtilité dans le flot déjà régulier de ce qui a été écrit.



Donc j'essaie de ne pas me précipiter. Mais il faut que je le fasse dans la foulée, tant que je suis encore dans l'état d'esprit du récit, pour que la cohérence soit respectée, que la parole coule. Trouver l'équilibre entre urgence et précipitation. Pour l'impatiente que je suis c'est un challenge ! Vous trouvez que j'en fais trop ? C'est vrai, il ne s'agit que d'ajouter un paragraphe après tout...

Alors je suis mon intuition : je relis, je cherche dans le texte la petite faille où me faufiler, je tape les premiers mots...et je retrouve assez vite le rythme, je me laisse emporter par le flot, je raconte, je suis à nouveau dans l'histoire qui coule, je complète, je couds avec un fil supplémentaire ce morceau qui manquait et qui trouve sa place dans la tapisserie. Voilà. Il y aura peut-être d'autres petits bouts à assembler pour former le patchwork multicolore, des broderies pour rendre plus joli le tableau final, quelques petites touches ça et là. On verra. Ce qui est sûr, c'est que bientôt, tout sera dit.

Merci à Morgane, Fabienne, Bastien. 

dimanche 5 juin 2016

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 18 : l'accouchement ! épisode 1.

Et maintenant commence le plus difficile : l'accouchement ! Et ne me dites pas "oui mais c'est bientôt fini, et après tu oublieras" parce que ce n'est pas vrai. Les femmes qui sont déjà mères seront d'accord avec moi, l'accouchement, ça se fait en plusieurs épisodes et ce n'est pas simple, même si on est prête à recommencer quelques années ou mois après (ou pas !).

Parce que une fois les relectures et corrections faites, ce qui prend un certain temps, il va falloir que le bébé vienne au monde...heu que le livre rencontre un éditeur qui va l'aimer et l'adopter ! Donc, je le peaufine, je le regarde sous toutes les coutures, je choisis le titre qui me fait vibrer parmi ceux qui me sont venus pendant la rédaction, je le fais lire à mes bêta-lecteurs, je refais éventuellement des modifications, et un jour je me dis "là c'est bon, je l'envoie !".

Ok. Mais à qui ? Sachant que je ne suis pas éditée chez Gallimard ni chez Grasset ni un de ces éditeurs qui t'attendent avec ton prochain ouvrage et même éventuellement un à-valoir sur celui qui est en cours. Et que le précédent est encore en attente chez quatre éditeurs petits/moyens, après un an déjà dans le circuit, de lettres de refus, de non-réponses, d' attentes... Et que celui d'avant est chez une éditrice que j'aime beaucoup mais dont je ne sais pas si elle prendrait le risque de m'éditer à nouveau parce que je vends peu...Bref !

Il me va donc falloir être très très patiente : ce n'est pas encore le moment de "pousser" pour expulser l'enfant ! Même quand il sera fin prêt, je vais devoir réexaminer les maisons d'édition potentielles, imprimer, réfléchir, envoyer, joindre une lettre, relancer (ou pas, selon les maisons), attendre, attendre, guetter les mails ou la boîte aux lettres, noter les dates d'envoi, les dates de réponses négatives, renvoyer à mes éditeurs seconds choix, attendre, attendre, espérer....

Voilà. Ce n'est franchement pas le moment que je préfère ! Mais comment recommencer à écrire tant qu'on n'a pas lancé sur orbite le livre précédent ?

mardi 31 mai 2016

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 17 : relecture et corrections.

On pourrait penser 1) que c'est l'étape finale 2) que je suis super contente...
Mais non.
D'abord, même si ça sent la fin, ce n'est pas vraiment fini, parce ce que c'est sans doute le plus difficile : se relire, avec l'impression que non, ce n'est pas si bon que ça, que ça ne va intéresser personne, que c'est limite ennuyeux, et puis il y a plein de défauts, on n'arrivera jamais à tous les corriger, etc. Même si on laisse reposer plusieurs jours avant de relire, on a du mal à prendre du recul, on voit surtout les défauts, mis à part quelques passages où il m'est arrivé de penser : ah ça c'est bien !

Ensuite, je ne suis pas super contente : avoir presque fini, c'est un vide. Puisque j'ai choisi comme image celle de la grossesse, autant continuer dans la foulée ! Le baby-blues, tout le monde connait : on tient son bébé, il est beau et tout et tout, mais on est vide de son poids, de ses mouvements, de sa vie en nous. Alors pour un bouquin vous imaginez ? Rien ne le remplace puisqu'il n'est pas encore publié, il ne le sera peut-être jamais, il n'existe pas vraiment, et il n'y a rien qui ait pris sa place dans ma tête.



Donc, la seule solution actuelle c'est de m'appliquer à le rendre encore plus beau (ça, c'est vrai qu'avec un vrai bébé c'est impossible !), de le fignoler, de changer des mots, de rajouter des phrases : on ne peut absolument pas faire autrement, parce que quand on relit les pages du début, on connait la fin et du coup ça peut demander des ajustements, des précisions, des modifications. Et finalement, même si ça n'est pas facile, c'est une période assez intéressante de la création, un peu comme un sculpteur qui va affiner un trait du visage, ou un maitre-queux qui ajoute un peu de sel ou une épice à sa super préparation.

J'en suis donc là : j'ai imprimé, je relis, et je mets des annotations, je réécris des passages, je modifie des adjectifs, je change des prénoms. C'est un peu comme une deuxième écriture, et finalement ça me plait, parce que ça évite de couper le cordon brutalement, c'est juste un début de séparation. Pour mes précédents romans, j'avais passé beaucoup moins de temps pour cette étape, et là j'ai bien l'intention de ne pas me presser, de suivre mon intuition et de faire ce chemin pas à pas pour que le résultat soit le meilleur possible. Allez, j'y retourne !

jeudi 19 mai 2016

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 16 : exceptionnellement, un extrait du roman !

Et bien oui, aujourd'hui, pas de blabla, juste un extrait du roman, pris sur le vif, puisque c'est le début du chapitre en cours.


"En certaines occasions, on peut difficilement croire que les évènements se produisent par le seul fait du hasard, comme des boules de flipper qui se cogneraient aveuglément contre les obstacles qu’elles rencontrent, puis rebondiraient encore et encore sur des barrières ou se glisseraient entre des passages improbables, sans aucune préméditation, aucun but, juste le résultat d’une conjonction de forces physiques en œuvre dans la main du lanceur et dans le poids de la boule, et sa forme sphérique qui la conditionne à rouler entre les éléments du plateau incliné. Même si nous pensons parfois que nous ne sommes que des billes d’acier bringuebalées dans un monde en furie, il arrive qu’une brève illumination nous saisisse, et que nous devinions alors au-dessus de nous, ou au-dedans, ou dans un ailleurs indéterminé, un plan plus vaste qui nous gouverne, nous et nos trajectoires : alors, soudain, ces évènements qui s’emberlificotaient en un gigantesque magma brouillon et absurde prennent un sens, des synchronicités surgissent et se carambolent, des pièces du puzzle trouvent leur place comme par magie, des correspondances s’établissent entre des fragments qui ne s’étaient jamais rencontrés, des lambeaux s’assemblent pour former la plus magnifique des tapisseries, des chagrins immenses s’ajustent à des larmes dont on croyait qu’elles n’avaient aucune raison de couler."


jeudi 12 mai 2016

Journal d'une grossesse littéraire, chapitre 15 : dernière ligne droite !

Non, je ne vous annonce pas la fin, je vous dis juste que c'est la dernière ligne droite. Ce qui veut dire que le dénouement approche et que je suis un peu tendue, car ce serait dommage de rater ma sortie. La fin d'un roman, c'est...comment dire ? un moment particulier autant pour le lecteur que pour l'auteur... Commençons par le lecteur, c'est le plus facile : il faut que celui-ci soit satisfait mais pas comblé, avec une petite touche de frustration qui lui donnera envie de lire autre chose du même écrivain. Qu'il soit content, que le message l'ait touché et qu'il veuille y revenir.

Bon d'accord. Et pour l'auteur ? Pour moi, donc, en l'occurrence. Finalement, ce n'est pas si éloigné : je dois avoir l'impression d'une conclusion, d'un terme, d'un objectif atteint, mais rien de définitif. Une mort qui laisse entrevoir une autre dimension. Une vie après la vie. Les livres qu'on écrit sont en fait comme des costumes que l'on revêt et que l'on ôte, des peaux dans lesquelles nous nous glissons, l'une après l'autre, un peu comme des incarnations qui se succèdent avant que nous parvenions à... à je ne sais pas quoi, je verrai bien quand j'y serai !



Donc la fin de chaque histoire se présente un peu comme une porte ouverte sur la prochaine, bien que l'on ne sache pas la plupart du temps ce que sera la suivante. Et ça fait peur autant que ça fait plaisir. Il faut donc prendre son temps et bien fignoler, aller au bout, déployer ses ailes aussi grandes que possible pour ne pas avoir de regrets et dévider tous les fils de la pelote. Tout compte fait, écrire la fin d'un roman est sans doute le moment le plus intense de l'aventure, car on sait qu'alors on se jette à l'eau, ou plus exactement on jette à la mer cette bouteille avec nos mots dedans, et qu'ils ne nous appartiennent plus. Ils sont maintenant pour ceux qui les liront, peut-être, et qui les aimeront, ou pas.

C'est donc à ça que je me prépare : ciseler les phrases, ajuster les chapitres, emboîter les évènements pour que l'histoire prenne son sens... Ensuite, le roman ne sera pas terminé pour autant : il y aura un gros boulot de relecture, de vérification, de ratures, de changements, avant que je ne puisse dire, voilà, c'est fini ! Alors la dernière ligne droite va me faire faire encore un bout de chemin avec vous !