lundi 16 novembre 2015

Ecrit quelques semaines après le 7 janvier...Même si aujourd'hui c'est l'automne.

Les printemps persévèrent

Les printemps persévèrent
Malgré la barbarie du monde
Ils éclatent et fleurissent et palpitent
Et les pastels persistent à colorer les sentiers
Mais dans nos cœurs qu’en est-il ?
Et dans nos têtes et nos ventres
Et dans les remous que font les hommes
C’est le sang qui domine
C’est le noir qui barbouille les visages et les rivières
Et la boue qui déborde
Et la folie qui gronde
Les printemps persévèrent
Ils sinuent doucement le long des tiges
Ils caressent de leur lumière tendre
Les forêts et les lits grands ouverts
Et les amoureux plongent au fond des yeux de l’autre
Caressent la chair de l’autre
Essayant d’ignorer le monde qui sombre
Dans nos têtes ça pleure et ça crie
La peur se love et fait sa place
On sait que la mort va gagner
On sait que nos souffrances n’ont pas de fin
Que les bourreaux seront les plus forts
Et pourtant

Les printemps persévèrent.




samedi 14 novembre 2015

Attentats 13 novembre : pourquoi écrire encore ?

Je ne viens pas ici pour polémiquer sur ce qui vient de se passer : l'horreur, le sang, les larmes, le deuil, il n'y a pas de mots pour atténuer cette violence. Voici venu le temps d'une autre forme de guerre que nous essaierons chacun à notre niveau de ne pas subir, de ne pas encourager. Mon propos ce matin est tout autre : écrire a-t-il encore un sens dans ce contexte ? A quoi servent les mots écrits, les récits, les histoires, face à ces actes barbares qui nous dépouillent momentanément de notre objectivité, et nous font douter de l'humain ?

Je ne sais pas répondre et pourtant je suis persuadée que l'écriture là encore peut nous sauver, nous aider à chercher au fond de nous l'étincelle, la petite flamme qui entretient l'humanité en nous. Comment écrire, quoi écrire, pourquoi écrire, je n'ai pas de réponse non plus, mais si chacun fait ce qu'il sait faire le mieux, cela changera forcément quelque chose. Alors je vais continuer à aligner des mots, à chercher à souffler sur ces petites lumières, à construire mes petites maisons de papier, à créer des mondes imaginaires, à décrire aussi ce monde-là en essayant d'y trouver les fenêtres et les portes vers le ciel, et le ciel lui-même...parce que je ne vois pas quoi faire d'autre, et que, même si c'est dérisoire, nos âmes sont les seuls armes que nous possédons pour lutter contre la barbarie.

jeudi 12 novembre 2015

Un peu de poésie...

La forme poétique parfois s'impose...Ce n'est pas ce que j'utilise le plus souvent, mais il est des moments où ce qui s'exprime ne peut pas emprunter une autre voie. Je ne sais pas ce que ça vaut, je ne sais pas ce que j'en ferai (l'idée d'un recueil m'a effleurée mais je n'en ai pas encore la matière, et puis je ne sais pas pourquoi je l'imagine bien avec des dessins ou des peintures en parallèle, donc tout ça est loin d'être mûr) mais pour l'heure je vous copie ici une parcelle de cet univers... Merci d'avance de vos commentaires, quels qu'ils soient.

Les âmes soeurs

Dans les tourbillons obscurs de mondes impalpables
Palpitantes et fragiles dans leurs voiles écarlates
Cachées mais vibrantes muettes et flamboyantes
Elles se cherchent
Frissonnent
Ondulent dans le silence
Elle dansent et tournoient soulevant des lambeaux de rêves
Aucun mot aucun geste
Des ondes
Des flammes vacillantes
Des frôlements
Aussi ténus qu’ailes de papillons
De l’amour qui chuchote
Et quand elles se rencontrent au firmament furieux
Les âmes soeurs explosent en myriades puissantes
Chaos d’étoiles jumelles dans la glorieuse aurore
Leur univers parfait harmonie éternelle.


C.B. 

mardi 10 novembre 2015

DEDICACE

SEANCE DE DEDICACE LE VENDREDI 4 DECEMBRE A LA LIBRAIRIE DE LA PRESSE DE SOUILLAC DE 9H30 A 12H POUR "LA NUIT DES EVENTAILS"

Un extrait du livre :


Adrien Sifantus avait perdu sa mère à l’âge de sept ans. On pouvait affirmer, sans se tromper beaucoup, que cet événement avait conditionné en grande partie sa vie future, en tous cas certains aspects importants de cette vie. Sa relation avec les femmes, penseront certains, devait sans doute être le premier de ces aspects. D’autant que, entre son père et ses deux frères ainés, il avait passé le reste de son enfance et de son adolescence exclusivement entouré d’hommes, dans une atmosphère dénuée de toute féminité, et où la tendresse ne se manifestait qu’au travers de gestes bourrus, d’accolades fraternelles, et de paroles minimalistes.
Pour autant, les femmes attiraient Adrien, et Adrien agissait également sur elles comme un aimant. Au cimetière, le jour de l’enterrement de sa mère, auquel son père avait cru bon de l’emmener pour (ses mots avaient été exactement ceux-là) « faciliter le travail de deuil », le petit garçon avait été cajolé de bras en bras, caressé par des dizaines de mains féminines, on lui avait essuyé doucement les joues, on avait enfoncé les doigts dans ses boucles dorées, serré ses mains encore potelées, embrassé ses joues satinées ; toute la compassion du monde, du monde féminin en tous cas, avait paru se concentrer sur cet enfant en larmes qui venait de voir engloutir sa mère au fond d’un trou parallélépipédique et glauque.
Son histoire avec les femmes avait donc commencé entre des tombes, par un clair matin d’hiver. Avait-il associé dans son inconscient enfantin la mort et l’affection ? L’image de sa mère serait-elle éternellement liée à cette pléthore de femmes qui l’avaient alors étreint, bercé, choyé, mouché, recoiffé, pressé, entouré ? Les cimetières ne lui sembleraient en tout cas jamais hostiles, il y trouverait au contraire à l’avenir, et à de nombreuses reprises, un certain réconfort, une paix bienvenue, une sérénité incomparable. Y aurait lieu d’ailleurs sa première expérience sexuelle, à une époque où ses copains testaient plus fréquemment, et sans doute avec plus d’inconfort, les banquettes arrière des voitures, les portes cochères, les parkings souterrains ou, pour les plus chanceux, une barque retournée sur une plage. Lui avait préféré sans hésiter les allées discrètes et peu fréquentées du cimetière, leur ombre tiède, et leur cocon aux reflets verts, parfumé par les arômes des plantations de magnolia et de rhododendrons.

Le jour de l’enterrement, bien loin encore de cette première étreinte érotique, il était resté longtemps en contemplation devant la pierre gravée que les pompes funèbres avaient préparée pour la tombe de sa mère, et qui ne serait posée que plus tard, après la cérémonie : « Anne SIFANTUS née JOUBERT – 1945 – 1980 ». Il avait ânonné à voix basse et à plusieurs reprises les mots et les chiffres, avec les hésitations propres à sa récente acquisition de la lecture et une application qui l’avait détourné un moment des affres de son chagrin.   Il ne pouvait ni imaginer ni admettre que ce serait désormais les seules traces tangibles de sa mère qui demeureraient désormais les seules accessibles. Plus loin, une couronne mortuaire aux couleurs pastel était déposée, en avant de toutes les autres, et portait une banderole crème avec l’inscription rouge sombre, « A ma femme, à notre mère ». Adrien déchiffra aussi ces mots-là, indifférent au défilé de condoléances auquel se pliaient son père et ses frères, serrant des mains et recevant des empoignades empreintes de pitié. Pris à son propre jeu, il continua de lire : à notre tante bien-aimée, à notre fille chérie, à notre nièce, à ma sœur, à notre collègue qui sera toujours dans nos cœurs, à notre petite-fille adorée… Il fut le premier surpris par ses propres sanglots, et tout autant par les bras qui le soulevèrent et l’emportèrent aussitôt à quelques mètres de la tombe : la femme, ou plutôt la jeune fille, qui l’avait ainsi arraché à sa contemplation morbide le couvrait maintenant de baisers, et il était enivré par son parfum, une odeur rousse et musquée, avec un fond de fruits rouges, et une note de caramel. Il enfouit son visage dans son cou, et crut défaillir. Les émotions se bousculaient, et pourtant, à cet instant précis, ce fut la béatitude qui domina. Dans les bras de cette jeune fille (qui au demeurant était sa cousine, la fille de son oncle, et dont les seize ans revêtaient une sensualité fraiche encore teintée d’enfance), il se sentit protégé, comme il l’avait été avec sa mère encore très récemment, mais aussi, et ça c’était nouveau et troublant, il éprouvait une sorte d’exaltation qui l’électrisait. Son chagrin couvait sous le feu de ce sentiment ardent, mais celui-là ne dominait plus, il reposait, comme une bête tranquillement endormie, il était presque confortable.

vendredi 6 novembre 2015

Pourquoi j'ai renoncé à l'auto-édition.

On ne peut pas tous, évidemment, se faire publier chez Gallimard ou Grasset...Quand je dis "on" je parle des obscurs, des timides, des discrets, des peu-sûrs-de-soi, des laborieux-mais-talentueux, des rêveurs, des utopistes, bref des auteurs qui ne sont pas mauvais mais qui ne sont pas assez culottés ou pas assez pistonnés pour se faire remarquer par les grosses maisons d'édition, celles qui ont pignon sur rue et qui sont inabordables. Je sais bien qu'il y une légende urbaine qui dit que certains auteurs débutants ont envoyé leur manuscrit par la poste chez l'un ou l'autre de ces Grands et ont eut l'heur de sortir du lot et de réunir l'unanimité du comité de lecture. Bon. Vrai ou pas, on s'en fout, on sait qu'il y en a 1000 fois (10 000 fois plus ?) plus qui ne reçoivent jamais de réponse, qui persévèrent, puis qui s'adressent à des maisons plus modestes, puis encore plus modestes, desquelles ils reçoivent des réponses négatives... et qui finissent par ne plus y croire.
Il y a alors (merci les nouvelles technologies) l'auto-édition, ou auto-publication. De nombreux sites dédiés à cet effet ont vu le jour ces dernières années, où l'on peut envoyer la maquette de son livre, choisir la couverture, le prix, se faire attribuer un n°ISBN (les auteurs me comprendront) et faire imprimer son livre en autant d'exemplaires qu'on en veut. Et ça parait magique. On se dit, et bien voilà, ça y est, mon livre existe, il est là, je le touche, je le vends, on va me lire, c'est génial. Oui, sauf que. Sauf que c'est pas si simple !
Evidemment, j'ai essayé. J'avais réussi à trouver un petit éditeur, mais je trouvais que ça ne se passait  pas comme je l'avais espéré, pas vraiment de promotion, pas de ventes ou très peu, donc pourquoi pas me débrouiller toute seule ? J'ai donc auto-publié mon second roman, "Qui cherche la lune". Mis à part que je ne suis pas très douée pour les manipulations informatiques et que ça m'a pris un certain temps, l'aspect matériel n'est finalement qu'un côté facile des choses. C'est après que ça se gâte, en tout cas pour moi.

Parce que quand on s'auto-édite, ça signifie que tout, je dis bien TOUT est sous notre responsabilité et à notre initiative : faire la pub, se faire connaitre, organiser des rencontres, des signatures, mettre le livre en avant, tenir les comptes, contacter des salons, etc, etc. C'est un métier. Et moi, je ne sais pas faire. Et surtout, ça ne me plait pas du tout, je n'aime pas ça, ça me GAVE ! Je ne sais même pas combien j'ai vendu d'exemplaires de ce roman, le prix que ça m'a coûté ni ce que ça m'a rapporté (très très peu, ça je le sais...).
Alors je laisse ça aux autres. Moi j'aime bien quand mon éditrice m'envoie des mails pour me demander mon avis, pour me proposer un salon, ou qu'elle me téléphone pour parler de la couverture de mon bouquin. J'aime bien sentir qu'elle est professionnelle et qu'elle sait de quoi elle parle, qu'elle a des projets pour mettre ses auteurs en vedette. C'est une petite maison d'édition mais ce n'est pas grave, c'est même mieux à certains égards, on est presque en famille. Et comme de toute façon je n'écris pas pour devenir riche (bon, si ça arrive je ne me plaindrai pas non plus) je préfère me laisser porter pour cette facette des choses, le côté commercial, marketing, technique, etc, et garder mon énergie pour...ECRIRE ! 

jeudi 5 novembre 2015

Le jour où j'ai écrit à quatre mains.... (21H34, avec Morgane Sifantus, Trilogie)

Ecrire avec quelqu'un d'autre, une expérience particulière ? Evidemment ! Je l'avais déjà testée il y a longtemps, petite, quand dans la cour de récré je rédigeais mes premiers romans sur le modèle Club des Cinq avec ma meilleure amie de l'époque : c'était sur des cahiers à carreaux Seyès, au crayon à papier, et l'une dictait à l'autre, en alternance pour chaque chapitre. Je possède toujours ces cahiers (une bonne dizaine) dans un carton et j'ai encore une pensée attendrie pour les héroïnes qui étaient des jumelles...Des jumelles ? Bizarre, bizarre... En effet, c'est avec ma "jumelle Facebook" que je me suis à nouveau lancée dans l'aventure de la co-écriture.
Au début, on a juste eu envie de s'amuser : de complicité en points communs, de partages en échanges, virtuels puis réels, nous avons voulu créer un objet écrit ensemble. Nous avons procédé à distance (raisons géographiques incontournables) et sans aucune règle (rebelles jusqu'au bout) : juste, on écrit chacune notre tour et on verra bien. Morgane a commencé, j'ai enchaîné, et les mots nous ont entrainé dans leur courant puissant, au gré de nos réponses au texte de l'autre. Comment expliquer ce qui se passe dans l'élaboration d'une fiction à quatre mains ? On est à la fois lecteur et auteur, et c'est extrêmement jubilatoire ! On s'impatiente à l'idée de lire les productions de l'autre, et on est stimulé par ses attentes quand on écrit. On ne sèche jamais devant la page blanche, comme si l'autre nous tendait la main pour nous faire avancer. On rebondit sur ses idées, on se glisse dans les portes qu'elle a entrouvertes, on rampe dans les tunnels qu'elle nous a indiqués.
Seul souci rencontré : au bout du troisième tome, l'histoire était devenue tellement dense qu'il a fallu vérifier la cohérence du récit, recaler les dates, mieux cerner certains personnages qui nous échappaient parfois. Bref : on partait pour un petit texte sans prétention, une sorte de galop d'essai, et on a rédigé trois tomes, avec chacun leur héros...
Une suite à 21H34 ? Pourquoi pas ? Mais surtout l'envie de recommencer...et déjà une idée...que je garderai secrète pour le moment !!!

Pour commander la trilogie :http://www.morganesifantus.com/21h34-clap-de-fin/


mercredi 4 novembre 2015

Inspiration...Expiration...Respiration...

Je n'avais encore jamais réalisé que l'inspiration, celle que l'on attend parfois des jours et des semaines, celle que l'on cherche sans la trouver, celle qui arrive sans prévenir, celle qui précède invariablement chaque chapitre ou chaque ligne de ce que l'on écrit, celle qui jaillit ou se tarit inexplicablement, cette inspiration-là, avait comme envers de la médaille l'expiration, étymologiquement parlant. Inspire, expire. Quel rapport ? Pourquoi utiliser le même mot pour un geste instinctif qui conditionne la vie dès notre venue sur terre, une activité réflexe que l'on répètera des millions de fois au cours de notre existence, qui apporte à chaque fois l'oxygène indispensable à notre survie, en alternance avec l'expiration qui débarrasse notre corps du gaz carbonique mortifère, le même mot donc que celui qui désigne un "mouvement intérieur, une impulsion, un souffle créateur" (cf.Larousse) ?
A priori, le rapport semble lointain et un peu tiré par les cheveux. A part cette proximité évoquée par le "souffle créateur", on ne voit pas bien ce qui relie ces deux univers, le système respiratoire et la création, littéraire ou autre. Sauf que... A y bien réfléchir, que fait l'auteur d'autre qu'aller chercher son oxygène ? Prendre une bonne goulée d'air frais pour happer la vie ? Aspirer la nécessaire substance qui le rendra vivant ? Et quand il n'y parvient pas, ne ressemble-t-il pas à un poisson échoué hors de son bocal, battant désespérément des nageoires et les ouïes palpitantes, au bord de l'asphyxie ? Bon, d'accord... Mais l'expiration ? Elle est où ? Elle vient quand ? Y en a-t-il une ? Je ferais bien l'hypothèse que cette expiration, ce rejet d'air vers l'extérieur, aussi vital que ce qui la précède, se passe au moment où crayon court sur la page blanche (ou les doigts sur le clavier), où ce qui remplit le cerveau et le coeur se déverse sur le papier, où la rivière de mots s'écoule, quelquefois puissante, quelquefois ténue et capricieuse, emportant le beau, et le moins beau, dans ses galops liquides...

Inspire...Expire...Respire ! Et si c'était le secret, si c'était la raison pour laquelle l'écriture est ma respiration ?